(Test DVD) Tito et les oiseaux de Gustavo Steinber, Gabriel Bitar & André Catoto Dias

La ferme des animaux de George Orwell, Rhinocéros de Ionesco, les Fables de La Fontaine : autant d’œuvres qui portaient un regard sur leur monde et leur société par le biais de récits métaphoriques. Tito et les oiseaux est de ceux-là : véritable plaidoyer en faveur de ceux qui sont rejetés face au pouvoir des grands financiers, le long-métrage brésilien est un modèle d’efficacité. Sans jamais infantiliser son propos, le film du trio Steinberg, Bita et Catoto Dias est à mettre devant tous les yeux quels qu’ils soient.

Synopsis : Tito a 10 ans et vit seul avec sa mère. Lorsqu’une étrange épidémie commence à se propager dans la ville, transformant les gens en pierres chaque fois qu’ils ont peur, Tito comprend que le remède pourrait être lié aux recherches que son père avait faites avec des oiseaux. Accompagné par ses amis, il se donne alors pour mission de sauver le monde.

Dès la première séquence, on sait à quoi s’en tenir : la violence du monde dépeinte par une narration sans concession l’est aussi à l’image. Parée d’une esthétique torturée aux coups de pinceaux explicites, la production brésilienne associe fond et forme avec prouesse. On pourrait effectivement regretter que les personnages soient sommairement dessinés par rapport au soin apporté aux décors fascinants mais l’envoutement prend le pas sur les minimes défauts. Après tout, les personnages simplifiés sont voués à la métamorphose tragique au fil du récit. Récit de science-fiction troublant, Tito et les oiseaux tient à mettre en garde son public sur les dérives de la peur et l’inaction qu’elle génère.

Arborant en de rares occasions un ton seulement enfantin, le long-métrage s’adresse à tous les publics. De prime abord aux enfants parce qu’il a la capacité de les éduquer avec intelligence aux côtés d’une bande de personnages enfantins valeureux mais également aux spectateurs plus aguerris qui se plairont à reconnaître les mécanismes d’un état totalitaire aux manœuvres du futur possible qui nous est présenté. Evidemment, on ne peut s’empêcher de penser au chef d’oeuvre animé d’Ale Abreu, Le Garçon et le monde, qui dénonçait allègrement l’industrialisation d’une société déshumanisante. De même nationalité, ces deux films crient les menaces pesant sur nos têtes. Même si le film d’Abreu était plus expérimental et moins chronologique que Tito et les oiseaux, il n’en demeure pas moins aussi essentiel. Décidément, le Brésil est un pays à surveiller sur le plan de l’animation tant il propose un regard affirmé sur notre monde.

Si le jeune garçon Tito et sa détermination sont au centre du récit, ce sont les oiseaux qui leur volent la vedette. Parfaite métaphore des êtres « libres » capables d’aider les Hommes à se retrouver pour mieux avancer, les pigeons (subtile incarnation des êtres délaissés voire méprisés par la population) offrent le soupçon d’originalité qui permet au film de se démarquer. Intelligent et beau (les idées visuelles ne manquent pas au fil des séquences, à l’image d’une arrivée sur une île aux côtés d’un hélicoptère), le film se montre aussi très efficace sur sa gestion du temps : en un peu plus de soixante minutes, le long-métrage ne subit aucun ventre mou et délivre son message avec une fluidité dont certaines productions devraient s’inspirer.

Vous l’aurez compris, Tito et les oiseaux est une expérience visuelle au propos essentiel. Même si quelques défauts mineurs entravent l’accès au statut de parfaite réussite, l’ensemble reste exemplaire et saura plaire à tous les publics ! A découvrir dès que possible en famille !

EDITION VIDEO

Le distributeur Damned Films nous a fait parvenir une copie DVD du film, copie qui a été visionnée sur un écran OLED 4K. S’il est évident que l’esthétique originale du film aurait bien profité d’une copie haute-définition, l’on ne peut guère reprocher à l’éditeur de privilégier le format majoritaire du marché français. Pour l’instant, les français rechignent encore à élire un format de qualité…

Image et son : une belle copie même si l’absence d’édition haute-définition se fait ressentir. Les rares couleurs du film (dominées par les teintes jaunes) sont bien retranscrites tandis que les noirs sont globalement bien retranscrits (et ils sont nombreux !)

Du côté des pistes sonores, vous pourrez découvrir le film en version originale (fait non négligeable!) ou en version française : les deux pistes sont proposées en Dolby Digital 2.0. Sur le papier, ce choix technique n’est pas très reluisant mais à la découverte du film, il se montre très satisfaisant. Les basses sont au rendez-vous pour véhiculer la « peur » au centre du récit !

Interactivités : Une galette sommairement fournie à l’intérêt pourtant évident !

  • Making-of : 4 minutes un peu succinctes mais intéressantes car elles se proposent de faire un condensé brièvement complet du travail sur le film. Au programme, de nombreuses illustrations préparatoires, de l’animation, du casting vocal (doublage en studio) mais également de la musique. A noter que ce bonus est en Vostfr.
  • Scène coupée : une scène finalisée du magnat, menace évidente du long-métrage. Un propos trop explicite et un monologue probablement trop appuyé pour être retenu dans le montage final. Néanmoins, nous saluons la présence de cette scène sur le DVD.
  • Jeu ? En ligne – jeu anti fake News (dans l’ère du temps !)

Article rédigé par Nathan

Comment

  1. J’avais beaucoup aimé Tito et les oiseaux et j’aurais préféré une version Blu-ray Disc ! Ça veut dire qu’il n’y en a pas du tout? Je viens d’en trouver une sur eBay mais ça n’a pas l’air officiel…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *