Le point sur les discriminations aux USA… et en France ?

Image tirée du court-métrage The Archivist d’Inès Bourie, Robin Froissart, Fiona Lynch, Nicolas Morel, Pascaline Perez, Thomas Rouquette.

Alors que l’on vient d’apprendre que John Lasseter, l’un des fondateurs de Pixar et à l’origine de plusieurs succès de cette entreprise dans les salles de cinéma, ne reviendrait pas à un quelconque poste de direction chez Disney et qu’il quitterait la firme à la fin de l’année, revenons sur les cas majeurs qui ont été exposé dans le secteur de l’animation suite à l’affaire Weinstein et au lancement du #Metoo sur les réseaux sociaux, avant de vous parler du lancement d’une enquête sur les discriminations dans le milieu de l’animation française.

Chris Savino

Créateur de la série Bienvenue chez les Loud, Savino a longtemps bénéficié d’une omerta autour de ses agissements envers ses collègues féminines et de sa mise à profit du mentorship, destiné à faire tomber de jeunes artistes entre ses mains et à abuser de son pouvoir qui s’était grandement renforcé avec le succès de sa dernière série. Ce rapport de force n’a toutefois pas empêché un groupe de  onze femmes de se constituer autour du témoignage de Cheyenne Curtis, apportant à leur tour leur récit de faits de harcèlement de la part de Savino, qui a été licencié de Nickelodeon lorsque une représentante du groupe de victime a pris contact avec la chaîne de télévision. Il a  par la suite eu droit à un jugement par un syndicat, la WGAW, la semaine dernière, relaté par Buzzfeed USA. L’article, intitulé « I’m sorry is not enough » (en référence au pseudo texte d’excuse que l’artiste a écrit sur sa page facebook), revient sur les procédures et les étapes que les victimes ont passé pour amener leur bourreau jusque dans les tribunaux, y compris par la signature d’un affidavit par près de 93 personnes !

John Kricfalusi

Une autre affaire révélée par Buzzfeed en coopération avec les victimes de cet artiste connu pour son style graphique et des séries comme Ren et Stimpy, l’article intitulé « The Disturbing Secret Behind An Iconic Cartoon: Underage Sexual Abuse » expose les abus physiques et émotionnel de John Kricfalusi sur deux jeunes fans à l’époque mineures, Robyn Byrd et Katie Rice, désormais toutes deux artistes dans cette industrie. Là encore, on retrouve les mêmes agissement que chez Savino : manipulation émotionnelle, abus physiques, un vraie catalogue des horreurs avec de plus une impunité quasi totale en relation avec son statut d’artiste culte.

Kricfalusi a depuis écrit un droit de réponse sur Facebook qui relève, tout comme pour Savino de la fausse excuse et du retranchement derrière la maladie mentale. A l’aune de ces révélations, Kricfalusi, qui devait prendre le contrôle d’un nouveau studio et créer de nouvelles séries, a vu l’opération s’écrouler et accuse désormais ses victimes en retour.

John Lasseter

Capitaine d’une industrie qui a changé le visage de l’animation, artiste qui a soutenu des projets difficile et qui a mis le pied à l’étrier d’un certains nombres de réalisateurs chez Pixar, c’est par The Hollywood Reporter que l’histoire transpire avec « John Lasseter’s Pattern of Alleged Misconduct Detailed by Disney/Pixar Insiders » qui révèle la conduite épouvantable du réalisateur de Toy Story, loin de la personne sympathiquement tactile : habitué aux attouchements sur ses collègues féminines, il n’hésite pas non plus à leur toucher les cuisses lorsqu’elles sont en jupe et assise à ses côtés, au point où les salariées ont mis au point une posture qui leur permet d’échapper à ses avances, nommée la « Lasseter ».

Un article chez Deadline et titré « Fresh Details Emerge of John Lasseter’s Behavior, Questions Arise About How Much Disney Knew », donne un portrait peu flatteur du leader de Pixar et Disney Animation : porté sur la bouteille, interdit de soirée, chaperonné pour éviter les débordements, Lasseter était seul maître à bord et seul Joe Ranft, surnommé le « Cœur de Pixar » et décédé en 2005 d’un accident de voiture, semblait pouvoir le tempérer dans ses choix créatifs hasardeux, car c’est depuis quelques mois que l’on découvre régulièrement l’insidieuse mentalité de Boy’s Club qui régnait chez Pixar, ainsi que le côté très arbitraire des décisions du grand chef et de l’appropriation d’idées comme de succès, et ce n’est pas Brenda Chapman qui contredira cela…

John Lasseter, après une absence forcée de six mois et un suspens quant à son retour qui a vu naître le hashtag #LoseLasseter sur les réseaux sociaux, quittera Disney à la fin de l’année, laissant des fonctions à Pete Docter (Vice-Versa) du côté de Pixar et à Jennifer Lee du côté de Disney Animation. Une nouvelle période s’ouvre pour Disney, saluée par le collectif Women in Animation, qui communiquera durant plusieurs panels lors du Festival international du film d’animation d’Annecy cette semaine.

 

Et en France ?

Il n’y a pour le moment pas de réelles données quant à la mesure réelle des discriminations dans le milieu de l’animation. C’est dans cette optique que Claire Lefranc, chargée de production dans cette industrie florissante, lance une enquête sur les discriminations au sein de l’industrie de l’animation française. C’est à la suite du lancement, dans l’industrie du jeu vidéo, d’une enquête sur la discrimination qui gangrène le milieu, par l’association RIJV (Rassemblement Inclusif du Jeu Vidéo) et le STJV (Syndicat des Travailleurs et Travailleuses du Jeu Vidéo), qu’elle a voulu faire de même dans le milieu professionnel de l’animation française, qui regroupe tout de même plus de 6000 travailleur-euse-s.

Elle nous détaille son action : « Nous n’avons encore aucune vision globale de l’ampleur de la problématique sexiste, et plus largement des différentes discriminations existantes au sein de l’industrie (racisme, homophobie, validisme etc.). C’est pourquoi cette enquête doit servir d’interrupteur, pour mettre en lumière les discriminations spécifiques qui existent au sein des entreprises et des écoles de dessin animé en France. Sans nécessairement parler d’omerta, il faut que les consciences s’éveillent et que les langues se délient, pour qu’au final nous puissions produire des œuvres diversifiées et ouvertes dans des environnements de travail sains et eux-mêmes diversifiés. »

L’enquête est 100% anonyme et relayée par le SPIAC, le SNTPCT, le Collectif Animation 16, la CPNEF (Commission Paritaire Nationale Emploi et Formation de l’Audiovisuel) et le site 3DVF, vous pourrez retrouver un flyer (que vous pouvez voir ci-dessous) durant le Festival international du film d’animation d’Annecy.

Deux questionnaires sont disponibles, le premier est destiné aux étudiant-e-s et professeur-e-s en école d’animation accessible à ce lien :  https://bit.ly/2Je0Fte

Le second pour les travailleur-euse-s en studios de dessins animés, du scénario à la post production, accessible par ce lien  : https://bit.ly/2sGDHDZ

Retrouvez ci après le communiqué officiel :

« Depuis le lancement de #MeToo et #BalanceTonPorc, les oreilles se débouchent, les langues se délient et les mémoires s’éclaircissent. Il reste encore beaucoup à faire en France, que ce soit dans le milieu du cinéma, de l’audiovisuel, du jeu vidéo, et bien sûr, de l’animation : ce questionnaire doit faire partie de la lutte contre le sexisme, mais plus largement contre l’ensemble des discriminations existantes au sein de l’industrie du dessin animé en France.

Cette enquête a pour but de mettre en lumière les discriminations vécues sur le lieu de travail et au sein même des productions, puis de dresser le tableau de la situation spécifique au milieu de l’animation française. Elle est anonyme et s’adresse aux personnes travaillant ou ayant travaillées dans l’industrie de l’animation française.

Ces questions concernent la globalité de votre expérience et ressenti dans le milieu de l’animation et vos réponses personnelles ne seront en aucun cas divulguées au public, sauf précision contraire au sein du formulaire. Seuls les résultats généraux seront transmis à plusieurs syndicats et sites spécialisés chargés de les  divulguer et partager auprès du grand public.

Pour que ce questionnaire soit le plus utile possible, nous vous conseillons de nous donner toutes les informations que vous jugez pertinentes à votre situation lorsque vous souhaitez témoigner sur une situation particulière.

Vos témoignages aideront à identifier et quantifier les discriminations et les problèmes rencontrés au sein de l’industrie de l’animation et à mettre en place des actions pour y faire face.
Ce formulaire est écrit en écriture non sexiste. Vous y trouverez donc quelques néologismes neutres.

Merci pour votre intérêt et pour votre participation ! »

Muriel

Podcastrice, rédactrice, amatrice de curiosités et bizarreries animées. Vous pouvez aussi m'entendre faire grawr sur Grawr.fr

  • reply Pierre ,

    Le fait de vouloir faire un questionnaire est très intéressant. En revanche j’ai dû m’arrêter à la question 9 car les questions posées à cette section ne vont pas du tout, je trouve, avec les réponses possibles et induisent en erreur (par exemple : Vous avez déjà eu accès à une ou des formations sur l’inclusivité et/ou les discrilminations en entreprise. y répondre : pas du tout d’accord/plutôt pas d’accord/…/tout à fait d’accord, n’est pas du tout instinctif…). De plus le questionnaire dit régulièrement « votre entreprise » et, comme beaucoup de gens dans le milieu de l’animation, je ne travaille pas que dans une seule entreprise, j’ai effectué des boulots dans 16 studios différents, certains très bien d’autres pas du tout, et je passe régulièrement de l’un à l’autre. L’idée est donc très bien mais je ne suis pas sûr que la réalisation soit correcte. Du coup ne me reconnaissant pas du tout dans les questions posées je ne peux pas y répondre correctement alors que je trouve que cette enquête est bien.

    • reply Duchesse ,

      Il s’agit d’une enquête personnelle initiée par une personne, on ne sait pas comment seront traités les données et surtout la garantie de la securisation de l’anonymat. Une enquête n’est JAMAIS une initiative d’une personne, et c’est alarmant quand cette personne a refusé d’entendre toutes les critiques sur une démarche isolée. Les Femmes s’animent, Women in Animation ont refusé d’être associés même de loin à cette enquête. De plus le SPIAC, la CPNEF et le SNTPCT n’ont JAMAIS donné leur aval, et encore moins pour être cités.
      Merci de rectifier, car les propos sont faux et mensongers sur la présentation.

      • reply Cédric ,

        Pareil, j’aurai bien aimé participer mais je suis débouté dès la première page. La réponse à la question :
        2. Si étudiant·e, en quelle année êtes-vous ?
        est obligatoire alors que.. bin je ne suis pas étudiant.

        • reply Claire Lefranc ,

          Bonjour à toutes et à tous,

          Merci pour vos retours sur le questionnaire. Concernant les quelques inquiétudes et doutes que vous exprimez, voici quelques clarifications, qui, j’espère, vous satisferont :
          Comme précisé dans le communiqué, cette enquête se base sur une précédente du RIJV et STJV, je ne suis pas partie de nulle part pour la monter. J’ai par ailleurs été aidée d’une sociologue et d’une anthropologue plus à même de gérer la forme du questionnaire, qui m’aideront aussi à en analyser les résultats, n’étant pas moi-même habilitée à le faire seule.

          A propos des syndicats et associations cités en « collaboration », il s’agit d’une erreur de formulation de l’article qui sera corrigée sous peu. Le SPIAC, la CPNEF et le SNTPCT ont en effet uniquement acceptés de relayer l’enquête, c’est pourquoi ils ne sont pas cités en soutien sur le flyer de cette dernière.

          LFA et WIA sont dans une démarche militante axée sur la valorisation des acquis et des expériences féminines, que je respecte entièrement mais qui n’est pas celle de cette enquête. C’est pourquoi elles ne participent pas à cette dernière.

          A propos de l’anonymat, je suis passée par une plateforme sécurisant vos données. Le questionnaire est, comme précisé en introduction et dans l’article, entièrement anonyme.

          Enfin, à propos des coquilles restantes dans le questionnaire, je vous remercie de me les avoir pointées, elles seront modifiées dans la mesure du possible.

          En vous souhaitant une bonne journée et en vous remerciant pour vos retours.

          Claire Lefranc

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