(Critique) Le Roi lion de Jon Favreau

A l’heure où l’originalité se fait rare à Hollywood, les studios Disney franchissent une ligne improbable : refaire un film mythique quasiment à l’identique en prônant l’efficacité d’une nouvelle technologie qui sonne le glas de la magie d’antan. Un pari évidemment risqué qui relègue le cinéma d’animation à une affaire de technique en omettant les véritables aspects créatifs. Jon Favreau avait su imposer son style sur Le Livre de la jungle en 2016, il n’y parvient pas (le voulait-il seulement ?) avec cette autre fable animale. En ne déviant jamais vraiment du classique animé, il s’efface derrière une entreprise faite de vanité.

Synopsis : Au fond de la savane africaine, tous les animaux célèbrent la naissance de Simba, leur futur roi. Les mois passent. Simba idolâtre son père, le roi Mufasa, qui prend à cœur de lui faire comprendre les enjeux de sa royale destinée. Mais tout le monde ne semble pas de cet avis. Scar, le frère de Mufasa, l’ancien héritier du trône, a ses propres plans.

Le constat est sans appel mais demeurait prévisible : le mythe entourant Le Roi Lion réalisé en 1994 par Roger Allens et Rob Minkoff était si grand qu’il était impossible de le trahir. En résulte un film aux plans trop souvent similaires au film d’origine (quelques scènes ou lignes de dialogue anecdotiques ont été ajoutées), à l’exception d’une maîtrise technique impressionnante qui renforce considérablement le réalisme du film. Voir parler des animaux quasiment réels est dérangeant pour quelques minutes mais laisse rapidement place à l’admiration. Les animateurs ont bâti un film graphiquement parfait qui éloigne pourtant constamment la magie si caractéristique du premier film. À trop rechercher le réalisme, l’équipe créative perd tout espoir de renouer avec une émotion si vive en 1994.

Cette fois-ci, point de larmes lorsque Mufasa succombe aux ambitions sadiques de son frère, Scar. Point de frissons lorsque Simba revient enfin sur la Terre qui lui est due. Le Roi lion version 2019 a les défauts de ses qualités : les animaux de la savane semblent si réalistes qu’ils en perdent l’expressivité si chère à l’identification du public. À la frontière du documentaire animalier sur certaines séquences (les plans d’ensemble sur la savane et la jungle sont plus nombreux), le film est forcément paradoxal. Alors qu’il désire nous compter une tragédie shakespearienne au cœur de la savane, il éloigne l’humanité des personnages en les rendant aussi réels que possible. La théâtralité de l’animation en deux dimensions a bel et bien été sacrifiée sur l’autel du numérique, en témoignent le personnage si délicieux de Scar dans le dessin animé qui est relégué au rôle de lion insatisfait dans cette nouvelle version tout comme la chanson « Je voudrais déjà être roi » qui perd sa folie graphique au profit d’un étalage de savoirs-faire numériques.

En de rares occasions, le film réussit ses timides ré-interprétations, à l’image de la brève et intense relecture du chant de Scar au beau milieu d’un cimetière infesté de hyènes. Plus obscure et plus intense, la scène évite la redite en imposant la stature violente d’un ennemi convaincant. Moins ambivalent et dramatique, l’antagoniste principal n’en demeure pas moins imposant, d’autant plus qu’il est épaulé par un groupe de hyènes plus menaçant que dans le dessin animé originel (on apprécie d’ailleurs la plus grande place offerte à Shenzi). Mais c’est à peu près les seuls ajouts signifiants d’un film étiré sans véritable intention : fallait-il rallonger le parcours de la souris en début de métrage ? Pas vraiment. Etait-il nécessaire de suivre une touffe de crinière de Simba aussi longtemps au beau milieu de la savane pendant le film ? Pas nécessairement si l’on met de côté la prouesse technique d’une telle séquence. Le Roi lion (2019) est un film magnifique à regarder mais cela ne peut suffire.

Quant à la bande originale, rien de nouveau à l’horizon si ce n’est une chanson fort anecdotique de Beyoncé (Spirit) sur une scène pourtant magistrale du dessin animé : encore une preuve s’il en fallait que la version 2019 du dramaturgique Roi lion est à mille lieux du chef d’œuvre animé. C’est d’autant plus flagrant que les idées visuelles du film originel n’ont pas la même force cette fois-ci : on pense notamment à la célèbre introduction qui manque de force parce que nous savons déjà à l’avance quel plan suivra le précédent si l’on connaît un tant soit peu le dessin animé. Las, le spectateur comprend rapidement qu’on lui propose de regarder un film qu’il connaît déjà, l’émotion en moins. Il devient alors évident que ce Roi lion est l’oeuvre la plus dispensable de la firme aux grandes oreilles… Et nous ne parlons même pas des incohérences soulevées par les rares nouveaux choix de mise en scène :« Can you feel the love tonight ? » en pleine journée vaut son pesant d’or !

En somme, ce nouveau Roi lion est à prendre comme une revisite réaliste du mythe animé qui lui retire fréquemment sa force évocatrice. Affaire financière avant d’être créative, cette entreprise hollywoodienne fait craindre le pire pour le monde de l’animation même si le rendu graphique est époustouflant. Comment une si belle coquille peut-elle renfermer un film aussi vain ? On se prête alors à imaginer ce qu’aurait pu donner une histoire originale avec une telle équipe d’animateurs talentueux… Une question subsiste : quel intérêt peut-il y avoir pour un réalisateur à refaire un film tel qu’il a déjà été fait ? Jon Favreau si tu nous lis…

Critique rédigée par Nathan

Comments

  1. Merci, j’attendrais le dvd. J’avais des doutes concernant ce long-métrage et les scènes ne me donnaient pas envie. +1 pour la scène Can You Feel The Love Tonight ? lol
    Et le casting de Beyoncé pour la voix de Nala, je regarde plutôt en vostfr, horrible. Visuellement très beau mais je passerais pour la séance ciné.

    1. Merci pour ton commentaire ! Je ne me suis pas attardé sur le casting vocal mais j’ai vu le film en version originale (avec la voix de Beyoncé pour Nala donc) et je trouve l’ensemble convaincant. Apparemment, c’est la catastrophe pour la VF en revanche…

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