(Critique) La Grande cavale de Christoph & Wolfgang Lauenstein

« Le chat espion », « Le monde de Marnie » et désormais « La Grande cavale » pour sa sortie en salles françaises. Le long-métrage allemand des studios Grid Animation arrive enfin en France après un détour par le festival d’Annecy. A l’image de ses nombreux titres diversifiés selon les territoires où il est exploité, le film de Christoph Lauenstein & Wolfgang Lauenstein est une proposition indécise qui oscille entre l’adaptation d’un conte des frères Grimm (« Les musiciens de Brême ») et un récit d’espionnage quelque peu improbable. Retour sur une sortie animée assez dispensable qui s’adressera surtout aux plus jeunes des spectateurs qui sauront passer outre les défauts exacerbés d’un film visuellement suranné.

Synopsis : Marnie, une chatte naïve, qui ne connait le monde qu’à travers la télévision, est témoin des préparatifs d’un cambriolage. Chassée de sa maison par le malfaiteur, elle trouve de l’aide auprès de trois animaux extravagants, un chien de garde peureux, un âne qui rêve d’être une star de cirque et un coq zen. Accusés à tort d’être les voleurs, les quatre compères vont se lancer dans une aventure cocasse pour prouver leur innocence.

Du conte des frères Grimm, il ne reste plus qu’une bande d’animaux associés par un coup du sort et une rencontre inattendue avec une bande de voleurs. L’association traditionnelle d’animaux que tout oppose ne suffisait apparemment pas aux yeux des scénaristes qui imposent aux personnages animalisés des péripéties souvent improbables. En résulte une aventure pauvrement inspirée accumulant les scènes d’action mal amenées (les courses poursuites entre les animaux et la police s’enchaînent). Les références cinématographiques font évidemment sourire les plus attentifs (La mort aux trousses, Mission impossible et d’autres encore sont au rendez-vous) mais elles ne parviennent pas à dissimuler les maigres enjeux d’un scénario anémique. Par ailleurs, même si le personnage de Marnie, épris de shows télévisés, saura sûrement impliquer un jeune public parce qu’elle se rêve enquêtrice, les personnages manquent véritablement d’épaisseur dans l’ensemble.

Portée par cette chatte principalement caractérisée par sa naïveté, le récit d’espionnage pour enfants a le mérite d’être original (à défaut d’être bien exploité). Sorte de policier pour chérubins, La Grande cavale mène son projet à terme avec tous les stéréotypes attendus : les promesses originelles sont tenues sans le grain de folie qui aurait permis d’assumer pleinement les tournants abracadabrantesques du scénario. N’est pas Madagascar (DreamWorks Animation) qui veut et la bande de La Grande cavale n’a rien de mémorable. A l’exception d’une scène plus soignée au devant d’un beau coucher de soleil, l’émotion peine à convaincre, reléguant le film au simple divertissement auquel il prétend sûrement.

Quant à l’animation, difficile de la saluer tant elle semble dépassée. Grossièrement définis, les personnages rivalisent de laideur graphique (le zèbre/âne est un modèle d’échec de design). Et l’on ne parle même pas des êtres humains (la chevelure de la « maîtresse » de Marnie est une catastrophe…) Heureusement, les réalisateurs à la barre du projet témoignent parfois d’un sens de la mise en scène plus accrue, à l’image d’une gestion soignée des éclairages. Mais c’est bien peu, pour relever la barre d’un film aussitôt vu, aussitôt oublié.

En somme, La Grande cavale est un récit assez dynamique pour plaire aux plus jeunes avec une palette de personnages diversifiée. Malheureusement, le long-métrage ennuiera ferme les plus grands des spectateurs à cause d’un graphisme dépassé et des péripéties improbables qui sacrifient l’émotion sur l’autel de l’aventure surjouée. En octobre, les belles surprises animées ne manqueront pas dans les salles obscures pour éviter ce film…

Critique rédigée par Nathan.

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