[Critique cinéma] Le voyage de Lila.

Le Voyage de Lila, réalisé par Marcela Rincón Gonzáles et distribué par Eurozoom, sort en salles le 6 juin. Cette sortie pour Eurozoom s’inscrit dans la lignée de Tamagotchi le film mettant aussi en avant la lecture et l’imaginaire.

Lila vit dans un livre pour enfants quand soudainement, elle disparaît de son univers de papier. La voilà plongée dans une incroyable aventure. Elle découvre que seul Ramon, un petit garçon qui, il y a quelques années, aimait lire le conte de Lila, peut la sauver. Mais Ramon n’est plus un petit garçon. Il ne lit plus de contes pour enfants et pire, il ne croit plus au monde du merveilleux. Comment le convaincre de venir à sa rescousse ?

Le Voyage de Lila prend le parti d’attaquer la narration de manière directe par des thématiques parfois lourdes que sont l’oubli et le deuil de l’enfance. Une fois ces bases posées par le récit on suit Manuella, Lila et Ramon dans les différentes trames d’un univers riche en symboles et de mise à l’épreuve pour nos héros. Les enfants croisent le chemin de La Gardienne de la Mémoire qui les initie aux règles de cet univers établies avec le principal antagoniste, Le Seigneur de L’Oubli. Ce voyage merveilleux va permettre aux enfants de se faire face à des concepts comme la nostalgie ou l’accumulation.

Ces fameux concepts, qui peuvent paraître abstraits, sont amenés de manière forte en significations et aux graphismes évocateurs rendant l’exploration de ce monde aisée et instinctive. La Gardienne de la Mémoire cultive les souvenirs en compagnie des Tralalas, des êtres aussi mignons que fantasques, à l’opposé du Seigneur de L’Oubli, occupe des immeubles brutalistes aussi froids que le fond d’une armoire Ikea. L’aventure est ponctuée par la présence menaçante des Oiseaux de l’Oubli, qui apportent une touche gothique à l’ensemble.

Ces deux mondes sont portés par des ambiances significatives, des percussions pour le monde de la Mémoire et une atmosphère plus bruitiste pour l’Oubli.

Les forces motrices de cette aventure se placent dans les personnages de Lila et Manuella. La première se montre volontaire pour débloquer la situation tandis que la seconde a de bons réflexes et fait avancer le récit par sa pertinence dans l’action. Le personnage de Manuella fait vraiment plaisir à voir car elle agit naturellement et évolue sans tomber dans les clichés parfois redondants de la fille cool (mèche rose, veste en cuir, air rebelle). Ramon, quant à lui, se place en retrait des différentes dynamiques et lorsque vous comprenez pourquoi, votre cœur se craquellera comme un petit biscuit. Le trope du héros est là aussi subverti car il occupe la place tenue usuellement par ses consœurs qui auraient besoin de reprendre goût à l’imaginaire. Ramon ré-apprend ainsi à vivre et à se reconnecter à son monde intérieur enfoui.

Comme je le disais en introduction, on retrouve une parenté avec Tamagotchi le film avec un traitement en animation traditionnelle des personnages et des décors rappelant l’univers des livres pour enfants. Tous les éléments évoqués précédemment donne une vision d’une Colombie normale en dehors des préjugés souvent associés au trafic de drogues.

Mon seul bémol concerne une animation des personnages parfois limitée mais comme les décors et l’écriture sont largement supérieurs, on peut lui pardonner ce défaut issu d’un budget certainement riquiqui. On y trouve du fantastique, une histoire intéressante et des personnages modernes, pas de quoi rechigner à aller se faire une toile avec vos têtes blondes !

Le Voyage de Lila est une découverte rafraichissante et porteuse d’un fort univers merveilleux. Vous pouvez y aller en famille sans soucis. Ce premier long-métrage de Marcela Rincón Gonzáles donne vraiment envie de suivre son travail, en lui souhaitant plein d’autres créations à l’avenir.

Muriel

Podcastrice, rédactrice, amatrice de curiosités et bizarreries animées. Vous pouvez aussi m'entendre faire grawr sur Grawr.fr

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