[Critique cinéma] La Révolte des jouets.

Après Ferda la fourmi et ses nouvelles aventures, Malavida Films revient ce printemps avec une rétrospective consacrée à Hermina Tyrlova et Brestilav Pojar, avec comme thématique le jeu et l’enfance. Pour cela, c’est la très respectée Hermina Tyrlova qui en parle le mieux :

« Le film d’animation est un conte de fées mobile du XXe siècle. Mon objectif est de faire revivre les objets : des jouets, des marionnettes ou des objets quelconques qui entourent les enfants. Je pense que les enfants ressentent le besoin de beauté, du sentiment et surtout de la joie. Et c’est ce que j’essaie de leur procurer par l’intermédiaire de mes films. »

La berceuse, par Hermina Tyrvola – 7 mn – 1947


Bébé VS Jouet

Lorsque maman est trop occupée aux travaux de la maison, elle donne à bébé un petit jouet en bois, lui aussi en forme de petit enfant. Or, le jouet se met à vivre et à bouger. Et va mettre le bazar dans cette chambre !

Ce court commence du point de vue du nourrisson qui permet d’apercevoir uniquement les jambes de sa mère, un trope d’incursion de personnage qui sera ensuite très repris au cinéma et on pense notamment à l’hilarante scène d’introduction dans Qui veut la peau de Roger Rabbit ? Une fois la mère hors de la chambre, on observe le petit bonhomme et son ami à ressors qui interagissent avec le mobilier de la chambre et même la radio qui induit ainsi une ambiance d’abord grésillante qui se cristallise en mélodie à l’image du monde intérieur de l’enfant . L’utilisation du point de vue enfantin sur les jouets porté par la technique aboutie de stop motion d’Hermina Tyrlova amène ce segment dans un réalisme poétique et quotidien ce qui est une preuve, s’il en est, de sa vision moderne de l’animation. Découvrir ce court au moment où le réel se virtualise et s’augmente sans cesse permet de l’aborder sous un angle différent.

L’aventure de minuit, de Bretislav Pojar – 13 minutes – 1960


Pas Thomas le petit train

Un petit train et un chef de gare en bois jouent avec des cubes. Cependant, le soir de Noël, le chef de gare découvre sous le sapin un nouveau jouet : un train électrique, qui le captive entièrement. Le petit train en bois se demande comment retrouver l’attention de son ami…

Dans la lignée du précédent, L’Aventure de minuit inscrit une narration dans une réalité, ferroviaire cette fois. L’histoire d’amitié entre le petit train et le chef est rythmée par l’arrivée des trains dans la gare et ses feux de signalisation passent au vert. Récapitulons : le chef de gare fait passer le petit train en bois, et s’ensuit une routine assez élaborée, le feu passe au vert, et cette routine recommence. Puis survient une rupture de ton : notre chef de gare jette son dévolu sur le train électrique équipé de son super circuit (tavu !). On assiste à une sorte de Gare-ception ludique, ou une mise en abyme narrative intelligemment menée.

A l’inverse de ses voisins d’anthologie, cette aventure nocturne est en couleurs ce qui lui apporte un côté pop très attachant. Difficile de pas craquer devant l’allure mignonne du petit train en bois.

La Révolte des jouets, par Hermina Tyrvola – 14 minutes – 1946


C’est moi que tu regardes ? #rebelleenbois

Un membre de la Gestapo pénètre dans l’atelier d’un fabricant de jouets afin de l’arrêter. Plutôt énervé par la fuite de l’artisan, le nazi se met à malmener les jouets, qui vont se révolter contre lui, montrant que l’inventivité est plus forte que la violence et la bêtise.

La Révolte des jouets possède un discours politique important que l’on connaît déjà avec les aventures de Ferda la fourmi, une grande figure anti-nazi créée par la réalisatrice tchèque. Les protagonistes jouets mettent de leur côté toutes leurs ruses visuelles très burlesques pour défier le soldat de la Gestapo et ainsi sauver le fabricant de jouet, ils deviennent alors symbole de résistance et de liberté dans une Tchécoslovaquie subissant encore les ravages de l’éclatement de l’occupant allemand. Le propos paraît dur, mais Hermina Tyrlova fait preuve d’ingéniosité dans sa mise en scène pour préserver l’aspect ludique et abordable de l’univers des jouets.

De plus, Malavida Films a fourni un grand travail d’introduction afin que vous puissiez entamer le dialogue avec vos enfants.

La Révolte des jouets est une compilation marquée par sa forte relation au réalisme, qu’il soit quotidien, ludique ou politique, des aspects qui ne sont pas mutuellement exclusif, ce qui permet de garder un contact constant et à plusieurs niveaux avec le spectateur. Avec sa durée d’une demi-heure, il serait dommage de passer à côté d’une animation en stop motion de qualité et d’une mise en scène digne d’intérêt. Je vous invite donc à découvrir cette anthologie dans vos cinémas !

Sortie en salles le 4 avril 2018, distribué par Malavida Films.

Muriel

Podcastrice, rédactrice, amatrice de curiosités et bizarreries animées. Vous pouvez aussi m'entendre faire grawr sur Grawr.fr

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