[Critique cinéma] En route !

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Vous vous souvenez du court métrage En route (Enfin presque…) ?

Non ?

Il aurait fait une parfaite introduction au long métrage En Route ! mais au lieu de cela on reprend tout et on recommence avec une introduction différente, alors même que je pensais qu’il aurait la même fonction que les courts métrages de l‘Age de Glace.

Alors, en route ?

L’histoire : Dans une galaxie très très lointaine, les Boovs, dans leur éternelle fuite vers l’avant décident d’envahir et d’occuper la Terre, en relogeant les humains dans un lieu nommé le Smekland (du nom de leur capitaine, le très couard Smek).

Dans un élan de joie, Oh, un Boov unique en son genre décide d’organiser une fête et envoie une invitation à tout le monde, y compris leur ennemis jurés les Gorg, ceux-là même qui ne cessent de les poursuivre dans la galaxie. Cette erreur fait de lui un fugitif. C’est alors qu’il croise le chemin de Tif, une jeune fille débrouillarde à la recherche de sa mère.

A l’image de la longueur de son résumé, le film subit une narration coincée entre les enjeux galactiques et les dilemmes personnels de nos héros Oh et Tif. D’entrée, on attaque par le poncif de l’éternel présentation du héros à la première personne “Bonjour, moi c’est Oh !” pour finalement évoquer le contexte des Boovs, en revenant par la suite sur le point de vue de Tif en cours de route !

En route ! par ces aller-retours met une bonne demi-heure à vraiment démarrer pour entrer dans le vif de l’action, ce qui est bien dommage car il recèle d’idées attachantes, notamment dans la construction de son univers graphique et dans ses personnages.

La représentation de la diversité est une initiative qui se met en place dans les films d’animation de ces dernières années. On a pu voir une équipe multiethnique dans Les Nouveaux Héros, où il y a peu une juste représentation de la société londonienne dans Shaun Le Mouton.

Ici, Dreamworks Animation va plus loin avec une héroïne métissée, Tif, qui n’est pas là pour faire de la figuration et le fait savoir. Elle est déterminée, intelligente et téméraire et on s’attache facilement à ce caractère bien trempé. Le personnage jouit en plus d’une animation subtile, ce qui la rend d’autant plus vivante.

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Tif n’hésite pas à frapper Oh pour arriver à ses fins. J’aime !

Passons maintenant à son compagnon d’infortune, Oh, et plus généralement aux Boovs. Ces extraterrestres ont la fonction de changer de couleurs selon leurs émotions, une idée pertinente. Dommage qu’elle ne soit pas plus exploitée, tant de choses peuvent passer par ce type de visuels.

J’ai apprécié la dualité de ce peuple chamallow, car sous leurs dehors mignons ils font preuve d’une bêtise et d’une cruauté crasse. Ils envahissent la Terre et parquent les humains, je vous le rappelle. Ils sont une masse uniforme dont le chef, le Capitaine Smek, est celui qui parle le plus fort et cogne avec son “chuteur”, bâton qui symbolise son pouvoir sur les autres.

Ils renvoient à l’image du consommateur sans conscience et sans pensées, toujours en quête d’accumulation. L’archétype du méchant anguleux et sombre est brisé mais on sent que ce défi narratif a posé problème à l’écriture du scénario.

Parlons maintenant de l’antagoniste des Boovs : les Gorgs. Ayant un temps de présence à l’écran minimal, ils bénéficient toutefois d’une représentation visuelle impressionnante prouvant l’expertise du studio (ce qui est un minimum requis, bien sûr). Nicolas a même lâché un “Oh !” de surprise à la vue d’un magnifique plan spatial prenant place dans les anneaux de Saturne.

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Cette recherche de mise en scène tranche avec la majorité du film construit la plupart du temps sur des séries de champs contre champs habités en arrière plan par le chat/mascotte Porky, ce qui constitue une reprise d’une technique déjà utilisée dans Dragons 2.

La musique est quant à elle chaotique, entre les titres musicaux de Rihanna et les compositions de Lorne Balfe. Elle devient difficilement identifiable alors que l’on perçoit des sonorités caribéennes qui auraient mérités d’être plus poussées sur le thème de Tif.

Malgré la narration casse gueule, malgré la musique chaotique, on pourrait légitimement croire que j’ai détesté En route ! Et bien pas du tout, j’ai passé un excellent moment grâce à la générosité donné dans l’écriture des personnages et la dynamique entre Tif et Oh fonctionne à merveille.

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Dur dur le boulot de mascotte dans un film Dreamworks animation !

Autant la mise en avant d’une héroïne métissée fait plaisir, je souhaiterais que cette initiative se renouvelle et soit pérenne dans de futurs créations animées. Il n’y a pas de raisons !

De plus, la bêtise des Boovs laisse place à un humour absurde qui m’a particulièrement fait rire, ce qui s’est fait en opposition à celui de Oh, qui s’exprime surtout par un langage bêtifiant qui m’a laissé de glace (tout comme les enfants présents dans la salle).


Semaine (France) Entrées Cumul
15 avril au 21 avril 2015 311 292 311 292
22 avril au 28 avril 2015 296 150 607 442
29 avril au 5 mai 2015 288 546 895 998

En route ! m’a donné envie d’ouvrir le livre d’Adam Rex, The True Meaning of Smekday, pour aller plus loin dans la découverte de l’univers car j’aurais seulement souhaité un film mieux tenu dans son choix de point de vue ce qui révèle la difficulté d’adapter des romans jeunesse en films plus mainstream.

Le récent The Boxtrolls produit par Laika, adapté des Chroniques du pont aux rats – Au Bonheur des monstres, souffrait hélas des mêmes lacunes, ce qui démontre la complexité de l’exercice. Néanmoins, je vous conseille d’y aller si vous souhaitez voir un DreamWorks Animation dans la moyenne (c’est à dire meilleur que les Pingouins de Madagascar et M. Peabody & Sherman, mais ayant fatalement moins de caractère qu’un métrage réalisé par Dean DeBlois). A vous de voir ! 

Muriel

Podcastrice, rédactrice, amatrice de curiosités et bizarreries animées. Vous pouvez aussi m'entendre faire grawr sur Grawr.fr

  • reply Cordell ,

    On est d’aacord sur la musique chaotique. Limite elle a fait la BO de tout le film, Rihanna. J’étais trop sceptique à l’annonce de Home et à la lecture de son scénario l’année dernière mais j’ai été agréablement surpris. J’avais un peu été refroidi par les Pingouins mais they made it with this one.

    • reply Muriel ,

      C’est bien que tu sois allé voir le film malgré tes réticences ! L’omniprésence de Rihanna est effectivement à double tranchant : dommageable pour la bande originale mais une force au vu de sa popularité ce qui a permis à Dreamworks de renforcer leur choix sur ce projet.

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