[César 2017] Gabrielle Lissot : Jukai – l’interview.

Lors de la rédaction de l’article annonçant les court-métrages sélectionnés pour les César, j’ai eu un véritable coup de cœur pour Jukai, réalisé par Gabrielle Lissot. Je me suis laissé emporter par l’histoire de cette jeune femme au sein d’une mystérieuse forêt. De plus, l’esthétique « poupée » du personnage a éveillée mon intérêt.

Des fils de couleurs s’enfoncent dans une forêt sombre et épaisse. Une jeune femme les suit, les démêle en espérant trouver au bout les réponses aux peurs qui la hantent.

J’ai eu la chance d’échanger avec Gabrielle Lissot autour de la genèse du court, son travail d’écriture et le développement de son univers à l’atmosphère si particulière.

J’ai pu voir que Jukai a fait pas mal de festivals. Comment ça se passe ? Le film a une bonne réception ?

Gabrielle Lissot : Il a effectivement fait beaucoup de festivals, notamment Anima Mundi et cela se passe bien. Il voyage autour du monde.

Comment s’est passé la genèse du projet ?

Gabrielle Lissot : Je l’ai monté en 2013, il y trois ans, avec l’appui des aides du CNC et d’Autour de minuit. Il m’a fallu du temps pour le réaliser. Au départ, je viens d’une formation 3D effets spéciaux et c’est ce qui a motivé l’utilisation du numérique pour ce court…

Vous n’avez donc pas travaillé en stop motion, comment cela s’est passé au niveau des couleurs, tout a été pensé en nuances de noir alors ?

G.L : Oui, n’ayant pas la formation adaptée à la stop motion, j’ai préféré penser la mise en scène directement en noir et blanc et ajouter les fils de couleurs pour l’aspect symbolique.

En parlant de cela, Jukai a forêt des suicides est très présente dans la culture japonaise, par exemple dans Kurosagi – Livraisons de cadavres, une série de manga de Eiji Otsuka ou dans un certain nombre de films d’horreur récent, comme Dark Forest. Comment cette forêt est arrivée jusqu’à vous ?

G.L : En fait, je suis tombé sur un documentaire qui en parlait et je trouvais intéressant que les gens puissent se perdre dans cet endroit et que certains n’en reviennent pas. Il y avait une belle matière à raconter une histoire.

Votre court a une portée très positive, notamment au sujet de la maternité qui est abordée sans complaisance. Une sorte de chemin de vie…

G.L : Oui, c’est exactement ça ! Il était important pour moi que l’héroïne passe par toutes les étapes du deuil : Au début le déni, avec son bandage, puis la colère et enfin l’acceptation avec la fin que vous connaissez. J’ai voulu terminer sur une note positive.

Au niveau de l’écriture, comment avez-vous travaillé ? Depuis un script ou un storyboard ?

G.L : Quand j’ai donné mon premier script au CNC, il y a trois ans, j’ai dû me faire aider car ils le trouvaient trop faible, ce qui est dû au fait je n’ai pas eue de formation en écriture. Il a donc fallu retravailler le scénario. Ensuite, avec Autour de Minuit, nous avons travaillé le storyboard et le montage, car en animation et contrairement au cinéma live, le montage arrive au début du processus créatif et cela a pris un certain temps en pré-production.

Le tournage en lui-même a pris huit mois, mais il n’y a pas eu besoin de créer de plans supplémentaires grâce à la préproduction.

Dans Haïku et Jukai, vos héroïnes ont des allures de poupées en porcelaine. Quelles ont été les influences dans la créations de ces personnages ?

G.L : Pour être honnête, je n’aime pas les esthétiques trop cartoony et trop lisses, à la Pixar. J’ai un goût prononcé pour les choses abîmées avec des traces. Mon héroïne, dans Jukai, porte d’ailleurs les marques de ce qui lui arrive et c’est pourquoi je me suis orientée vers un univers proche de la stop motion.

Au sujet de sa création, elle devait au départ être japonaise, alors je me suis penché sur les marionnettes du théâtre Bunraku, à l’histoire des masques et aussi au travail de Hans Bellmer, artiste surréaliste connu pour ses œuvres autour de la poupée. Je m’en suis servi pour l’élaboration du rendu “porcelaine” et ajouter un côté très texturé.

Alors, des projets pour la suite ?

G.L : Je suis actuellement en phase d’écriture pour mon prochain court-métrage.

Merci pour cet interview !

G.L : Merci à vous !

Jukai est disponible et visible en intégralité sur le site d’Arte jusqu’au 11 février 2017. Donc, si vous ne l’avez pas vu, allez-y !

Muriel

Podcastrice, rédactrice, amatrice de curiosités et bizarreries animées. Vous pouvez aussi m'entendre faire grawr sur Grawr.fr

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