[César 2017] Franck Dion : Une tête disparaît – l’interview.

La course au César a commencé ! Nous avons eu la chance d’interviewer Franck Dion, dont le court métrage Une tête disparaît est présent dans la sélection officielle des court métrages d’animation des César 2017. J’avais été séduite par Une tête disparaît à Annecy, où il a d’ailleurs remporté le Cristal du meilleur court métrage en 2016. J’étais donc ravie de pouvoir parler du film avec son réalisateur. Et peut-être que cette coproduction Papy3D, ONF et Arte France sera bientôt titulaire d’un nouveau prix à son palmarès…

Jacqueline n’a plus toute sa tête, mais comme tous les étés elle est bien décidée à prendre le train pour aller voir la mer. Seulement, cette année, elle est sans cesse suivie par une femme qui se prend pour sa fille, et son voyage prend des allures inattendues et fantasmagoriques.
Avec tendresse et poésie, Franck Dion nous place du côté de cette dame âgée, atteinte d’une démence dégénérative et nous fait entrer dans son esprit désorienté qui pourrait la mettre en danger.

Franck Dion

Dans Une tête disparaît, on comprend bien vite que Jacqueline perd la tête. Pourquoi cette thématique de la maladie mentale dégénérative ?

C’est un problème auquel j’ai été confronté personnellement, comme beaucoup d’entre nous, malheureusement. D’une façon plus générale, je souhaitais aborder ce type de maladie sous un angle un peu différent, de l’intérieur d’un personnage qui en serait atteint.

Il me semble que l’idée de Jacqueline portant sa tête sous le bras, plus qu’une astuce intelligente, vient en réalité d’une anecdote familiale  ?

L’idée de cette tête détachée de son corps me vient d’un souvenir d’enfance lié à mon arrière-grand-mère, qui était une femme très élégante avec beaucoup de prestance. À la fin de sa vie, elle a été hospitalisée. Un jour, ma mère, qui était très proche d’elle, lui a rendu visite. Mon arrière-grand-mère, au milieu de la conversation, lui a demandé : « Ma petite Nicole, peux-tu aller chercher ma tête, s’il te plaît ? Elle a dû rouler sous le lavabo… » Cette anecdote m’a profondément marqué quand j’étais enfant, et c’est ce qui est à l’origine de l’idée de mon film.

Finalement, elle est dans un bel univers fait de poissons volants et de vagues.

Oui, c’est un univers qui ressemble à ses envies, à ses souvenirs heureux. L’absurde permet de traduire son décalage avec la réalité, mais aussi une forme de joyeux désordre.

Pourquoi cette poésie douce et pas un univers plus sombre, dur ? Avez-vous eu l’occasion de parler avec des gens atteints pour savoir ce qu’il en était pour eux ?

Je pense que ce type de pathologie est déjà suffisamment violent, pas besoin de surenchérir dans le dur et le sombre. J’en ai beaucoup discuté avec ma grand-mère lorsqu’elle était consciente de son état, et elle me faisait souvent part de ses « rêves éveillés » qui tendaient la plupart du temps vers son enfance et des réminiscences de choses plutôt agréables.

J’aimerais m’arrêter sur l’histoire du poulet sans tête. Est-ce là aussi inspiré de faits réels ? Pourquoi Jacqueline nous raconte-t-elle cette histoire ?

Initialement, je voulais parler d’un chat, mais on m’a rapporté cette histoire de poulet sans tête : dans les années quarante, aux États-Unis, un fermier coupe la tête d’un poulet, mais contre toute attente, ce dernier reste en vie et devient une bête de foire ! Sachant que, de façon générale, j’adore cet oiseau, j’ai sauté sur l’occasion pour en faire l’animal de compagnie du père de Jacqueline.

Jacqueline et sa fille ont une importante différence de gabarit. Quelle en est la raison ?

Du fait de sa maladie, Jacqueline se retrouve dans la situation d’une enfant et sa fille, dans celle d’une adulte qui la protège. Je trouvais intéressant de marquer physiquement cette inversion des rapports entre une mère et sa fille.

Pourquoi ce style graphique épuré aux couleurs douces ? Est-ce aussi une représentation des constructions mentales de Jacqueline ?

Ce style épuré aux couleurs douces est assez éloigné de mes travaux habituels, mais c’était une nécessité afin de traduire l’univers mental du personnage principal.

Ai-je raison d’associer le voyage en train à un voyage mental vers la clarté pour Jacqueline ? Un nouveau tournant, une nouvelle illusion, jusqu’à quelques instants de paix à la plage ?

Oui, tout à fait, le train est une allégorie du voyage intérieur de Jacqueline, du cheminement de sa pensée, en quelque sorte. La scène sur la plage avec sa fille qu’elle reconnaît enfin nous permet de partager avec elles un instant de calme, de sérénité.

En parlant de voyage, qu’est-ce qui vous a amené à travailler avec l’ONF au Canada ? Comment s’est passée cette collaboration ?

J’avais déjà travaillé avec Julie Roy, la coproductrice canadienne du film, à l’occasion de mon court métrage précédent, Edmond était un âne. Cette collaboration essentiellement basée sur la réalisation du son s’était très bien passée. C’est donc tout logiquement que nous avons retravaillé ensemble sur Une tête disparaît.

Vous avez un projet numérique en développement avec l’ONF, et un autre projet pour la télévision dans les cartons. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Le projet numérique risque malheureusement de ne pas se faire pour des raisons un peu complexes à expliquer ici. Concernant mes autres projets, j’écris actuellement un long métrage d’animation dont l’un des producteurs sera Didier Brunner. D’autre part, je travaille également sur un nouveau court métrage, mais en prise de vue réelle cette fois.

Coralie

Née à l’heure des contes et baptisée par le Père Noël, je n’ai jamais perdu mon amour des bonnes histoires et de l’imaginaire. Sûrement atteinte du syndrome de Peter Pan, je suis passionnée par l’animation, la bande-dessinée et les contes & légendes. Un jour j’épouserai Zorro et nous élèverons des Pokémons dans notre château sous la mer.

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