[Critique – OIAF 2016] Nerdland.

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Après l’avoir découvert au festival d’Annecy, la présence de Nerdland dans la sélection d’Ottawa montre ainsi sa volonté de mise en avant d’une animation diversifiée, depuis Louise en Hiver à Cafard.

John (Paul Rudd) et Elliot (Patton Oswald) sont deux trentenaires vivant dans les bas-fonds de Los Angeles. N’ayant pas atteint leurs objectifs, acteur pour l’un et la célébrité pour l’autre, il mettent tout en œuvre, même les solutions les plus extrêmes, pour se faire connaître.

Pour son premier long-métrage, le studio Titmouse joue avec humour sur la quête de la célébrité, cela va de la provocation policière pour le côté potache à l’évocation de meurtre de la vieille et gentille voisine de nos deux losers. Ils sont aussi entourés de personnages fantasques qui apportent du piment à leur quête, on pense au « King » régnant sur un monde de geek underground dont lui seul possède les clés, ou à leurs « copines », Sally et Linda, absorbées par les réseaux sociaux depuis leur précieux téléphones.

On pourrait reprocher au film son manque de personnages féminins significatifs, mais l’ironie de la vie se retournera de façon grandiose sur nos deux protagonistes. John et Elliot sont d’ailleurs loin des losers magnifiques et tendres de Judd Apatow car ils déploient un maximum d’énergie pour être détestables, au point où on peut se demander s’ils méritent les attentions et conseils de leur entourage. La critique sociale du désespoir californien, poussée par le scénariste Andrew Kevin Walker, se révèle sans concession et cela se déguste avec une certaine délectation.

Esthétiquement, cette Los Angeles désabusée est dépeinte avec un sens du détail dû à la direction artistique d’Antonio Canobbio et on le retrouve aussi au travers des lieux de vie des personnages. Gardez l’œil ouvert dans la cave du « King » ou dans l’appartement de la vieille voisine, chaque élément, chaque couleur sont autant d’indices sur leur personnalité et apportent un décalage parfois touchant.

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L’animation traditionnelle, quant à elle, est à la fois pop, colorée mais aussi assez crasse dans le registre salle gosse fièrement arboré par le studio qui fait « Chirp ». On passe par des moments flirtant avec le psychédélisme flamboyant dans une boite de strip-tease à une ambiance plus urbaine et posée à la supérette du coin où l’achat d’un soda relève d’un enjeu maximal.

Cet univers est porté par de nombreuses musiques rock (et un pastiche de musique télévisée style télétubbies assez tripant), une technique que l’on retrouvait déjà dans Daria. Des morceaux discrets mais habillant le film, proche de ce que l’on a pu aussi entendre dans la série Downtown, produite dans les années 2000 par Titmouse pour MTV. Cette ambiance musicale est le reflet d’une critique de la société médiatique contemporaine mais porte aussi subtilement les personnages dans leur environnement.

Si vous ne connaissez pas le travail du studio Titmouse, Nerdland peut être un point d’entrée idéal à leur univers déjanté complètement assumé que vous pourrez découvrir dans leurs séries animées diffusées entre autres sur Adult Swim, mais ceci est un autre sujet. Si vous êtes déjà un habitué des lieux, la balade n’en sera que plus agréable. Évidemment, je recommande Nerdland plutôt deux fois qu’une !

L’animation pour adulte est actuellement dans toutes les bouches grâce au bien nommé Sausage Party, mais méfions-nous de l’arbre qui cache la forêt. En effet, ce métrage, outre son doublage français désormais atomisé par la présence même anecdotique de Cyril Hanouna, est soutenu par Sony Pictures France, ce qui signifie des moyens notables de promotion  et une sortie en salle assurée dont nous constaterons le résultat une fois le film sorti.

Il est toutefois bon de rappeler qu’en France la sortie de longs-métrages d’animation pour adulte est assurées par de petits distributeurs (on pense à ED Distribution, Eurozoom,..) qui travaillent dur pour faire entendre cette voix. L’avenir de l’animation adulte en France reste incertain et ne se réglera hélas pas uniquement à coup de barbecue en compagnie de Seth Rogen. On peut seulement espérer que Sausage Party ait l’impact suffisant pour faire avancer les choses. D’ailleurs, le film a depuis vu ses droits de distribution américains être achetés par Samuel Goldwyn, pour une sortie en décembre ! Le film profitera donc d’une sortie en salles limitées aux Etats-Unis pour une durée aussi longue qu’on puisse l’espérer.

Muriel

Podcastrice, rédactrice, amatrice de curiosités et bizarreries animées. Vous pouvez aussi m’entendre faire grawr sur Grawr.fr


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