Visite de Ciclic Animation !

Logo de Ciclic Animation

Au mois de septembre 2015, nous avons eu la joie de visiter la nouvelle résidence de Ciclic Animation à Vendôme (Loir-et-Cher). Coralie, qui par un hasard cosmique surprenant passait par là, s’est armée de deux assistants pour découvrir les plateaux de tournages et la résidence d’artiste. Elle a également rencontré Eric Réginaud, responsable de Ciclic Animation, qui a eu la gentillesse de répondre à ses questions.

Pouvez-vous vous présenter, et présenter Ciclic de façon générale ?

Eric Reginaud, directeur de Ciclic Animation
Eric Reginaud

Je m’appelle Eric Reginaud, je travaille à Ciclic depuis 15 ans et l’ouverture de la résidence d’animation. Ciclic est un établissement public de coopération culturelle créé par la région Centre et l’État.

Il est né de la fusion de deux établissements publics distincts, qui étaient Centrimage, qui œuvrait pour le cinéma et l’audiovisuel, et Livrensemble, qui œuvrait pour le livre et la lecture. En 2012 on a fusionné et on est devenu Ciclic.

Ciclic est basé à Château-Renaud et la plupart des services s’y trouvent : les services généraux, le pôle livre, le pôle cinéma audiovisuel, le pôle diffusion, le pôle éducation. Nous avons trois autres centres. Un à Issoudunn, en Indre, où se trouvent les archives du film. C’est un service qui est chargé de collecter les films amateurs fait par des régionaux ou en lien avec la région, puis ils sont restaurés, numérisés et des programmes sont faits à partir de ces films.

On a un centre à côté d’Orléans, à Fleury-les-Aubrais, où sont les cinémobiles, pour l’exploitation. Ce sont trois camions avec une salle de projection à l’intérieur, de 80 à 100 places selon les camions. Ces camions se déploient via un système hydraulique, avec un système de projection numérique, comme  un vrai cinéma.

Il y a deux circuits, avec un camion qui couvre le nord de la région Centre – Val-de-Loire et un autre qui couvre le sud. Ça permet aux petites villes qui n’ont pas de cinéma d’avoir une fois par mois accès aux films en sortie nationale.

Et depuis juillet 2015, Ciclic Animation est venu s’installer à Vendôme. Nous n’avions pas assez de place à Château-Renaud, parce qu’on reçoit de plus en plus de demandes et de résidents. Nous avonseu l’opportunité de venir dans ce bâtiment qui appartenait à la ville, et qui a été restauré depuis un an, avec le concours de la région Centre – Val-de-Loire majoritairement, de la ville, de l’Europe par le fonds Feder, la Drac et le département. Tous ces partenaires ont fait que ce lieu a pu naitre.

Et concernant l’animation plus précisément, quelles aides proposent Ciclic exactement ?

Nous avons depuis 15 ans des aides à la production pour le court métrage d’animation traditionnelle.Quand on a démarré on était vraiment axés sur l’animation de marionnettes, l’animation en volume, et petit à petit on s’est ouvert à toutes les autres techniques traditionnelles : en 2000 le volume et la marionnette, en 2004 les techniques en banc-titre, en 2007 le dessin sur papier et en 2012 le dessin sur ordinateur.

On exclut toujours l’animation faite par ordinateur, celle où l’ordinateur calcule. On est toujours sur une animation à la main, et on est vraiment attachés à ça parce qu’il y a beaucoup de gens qui travaillent encore toutes ces techniques et qu’ils avaient besoin d’un endroit où ils puissent trouver ce qu’il fallait en argent et en équipement.

Yul et le serpent, primé à Annecy en 2015, a été soutenu par Ciclic

Depuis 2014 des aides supplémentaires existent :au début on avait deux aides par an pour le court métrage, maintenant on est à 8 aides par an et on a aussi lancé des aides au développement pour le long-métrage et la série destinée à la télévision. Donc deux aides par an dans chaque catégorie.

Et puis on vient de lancer un nouveau partenariat avec l’école de La Poudrière pour des bourses post-étude. Au début elles étaient vraiment pensées comme des bourses d’écriture et petit à petit, le partenariat s’est étoffé pour monter en plus un accompagnement de ces étudiants fraîchement diplômés.

Ils sont accompagnés notamment par des scénaristes qui sortent du Conservatoire Européen d’Écriture Audiovisuelle. Ce sera d’abord pendant une semaine de résidence à La Poudrière, puis ils viendront un mois chez nous à Ciclic Animation, où ils seront accompagnés par les résidents en place, des techniciens, des producteurs… Sur les aides, pour le moment c’est déjà pas mal !

Maintenant il y a Ciclic Animation, qui propose donc une résidence et des équipements ?

Voilà. Ce qu’on voulait vraiment, c’était retrouver ce qu’on avait perdu à Château-Renault : une résidence où on offrait des lieux de travail, du matériel, et ouvrir la résidence sur le public. C’est quelque chose qu’on ne pouvait absolument pas faire parce que les locaux ne le permettaient pas à Château-Renault; et puis la topographie de la ville, la population… il y a eu des tentatives mais ce n’était pas forcément très fructueux.

On s’est dit que la ville de Vendôme était bien proportionnée pour ça, et bien placée pour les résidents par rapport à Paris, d’où ils peuvent venir assez facilement. C’était une position qui nous convenait bien en somme : accès pour les résidents, ville pas trop grande mais assez grande pour qu’il y ait un public qui puisse être intéressé, qui est aussi une ville culturelle intéressante pour les résidents, qui sont demandeurs, avec un cinéma, une scène de théâtre…

Une scène qui est notamment conventionnée sur le théâtre de marionnettes, le théâtre d’objets, donc il existe des passerelles entre eux et nous.Un partenariat est en train de se créer avec les deux structures pour, peut-être, également accueillir des résidences de théâtre car que ce qu’on peut offrir pour l’animation en volume correspond aussi aux besoins de compagnies pour le théâtre, donc c’est quelque chose qu’on essaie de développer.

Salle d'exposition
Première exposition de Ciclic Animation à Vendôme

Et puis, le point qu’on voulait vraiment développer c’est l’ouverture vers le public. Donc on a une petite salle d’exposition sur la partie centrale du bâtiment, où on va accueillir deux expositions par an qui seront soit des expositions pédagogiques sur le cinéma ou l’animation, soit des expositions sur le travail graphique de nos résidents.

Là c’est le cas, on a une première exposition sur les illustrations de bande-dessinée de Jean-Luc Gréco et Catherine Buffat, qui sont en résidence à Ciclic Animation actuellement. Et puis on a une petite salle de projection de 49 places, ce qui nous permettra de faire des rencontres, des rendez-vous réguliers (à peu près 3 par mois) qui sont soit des projections jeune public ou public adulte, soit des rencontres avec les résidents.

En termes d’équipement vous avez de quoi faire à peu près toutes les techniques d’animation, sauf par ordinateur ?

On a une salle pour la 2D, qui est un grand open space où on peut une dizaine de postes, soit de l’animation papier soit de l’animation sur Syntic. Et dans l’autre partie du bâtiment on a des salles pour le banc-titre, et le plateau, avec un atelier menuiserie, un atelier déco, de quoi stocker les décors en attente… De quoi leur donner tous les moyens de pouvoir faire des films de manière optimale.

J’imagine que vous recevez beaucoup de dossiers. Pouvez-vous me dire à peu près combien vous en recevez, comment vous choisissez les projets qui seront soutenus et qui viendront ici ?

Pour le court métrage on a deux appels à projet par an, un au printemps et un à l’automne. On est à une vingtaine de projets déposés par session. Le fait d’exclure l’animation 2D/3D calculée par ordinateur nous fait déjà un filtre, par contre les projets étrangers sont aussi recevables. D’ailleurs nous avons pas mal de projets venant de candidats non français.

Après le jury lit les projets, fait une première présélection sur dossiers, puis une rencontre à Paris entre les membres du jury et les porteurs de projets, soit le réalisateur accompagné d’un producteur, qui ont un entretien de 40 à 45 minutes avec le jury. A la fin de la journée, on décide des films qui vont être soutenus, environ 3 à 4 par session.

Et le jury choisit en fonction du scénario, du public visé, ce genre de choses ?

Il n’y a pas de directives, on essaie de composer un jury qui puisse tout entrevoir, tout accepter : ça peut être du film pour enfant, du film pour adulte, de l’expérimental… ça aide d’avoir des gens assez ouverts et un peu tous les profils, qui puissent tout lire dans tous les cas et être intéressés par tous types de projets, donc pas trop typés non plus.

Ce sont des professionnels de l’animation et des gens qui gravitent autour de l’animation, des représentants de chaines, producteurs, réalisateurs, techniciens, diffuseurs, festivals… On a eu des gens qui ne travaillent pas directement dans l’animation, des illustrateurs, quelqu’un du Musée d’Art Moderne de la ville de Paris… des critiques aussi, des journalistes.

Pour ces projets il y a un budget défini ? C’est réparti en fonction du nombre de projets ?

On a une enveloppe globale pour tout le fond d’aide, qui est au départ généraliste: on aide aussi bien des documentaires, de la prise de vue réelle, de l’animation, en long, en court, pour le cinéma ou la télévision…

Ensuite on a des sous-catégories, on a une enveloppe à respecter et on essaie de faire que tout coïncide. On sait à peu près combien de films on peut aider au début de l’année, on a une sorte de fourchette d’aide par projet. C’est vrai que sur l’animation, ce qu’on essaie de défendre c’est de ne pas avoir de chiffrage trop bas, que l’aide soit conséquente et qu’elle aide vraiment le film, et d’éviter le saupoudrage. Pour le court-métrage d’animation, on est sur des aides qui oscillent entre 40 et 50 000€, ce qui fait que ça devient un vrai coup de pouce.

Et pour des projets et qui vont être hébergés ici et qui vont être réalisés à l’extérieur ?

Photo du plateau de Ciclic Animation
Le plateau est occupé par la réalisation de L’HORIZON DE BENE

Non, en général les projets soutenus viennent en résidence. Parce qu’il y a aussi les besoins en espace et en équipement, donc ça peut devenir très compliqué pour les productions de faire ça d’un autre endroit. Ils pourraient louer un hangar, par exemple, mais je crois que ce serait surtout une source supplémentaire de soucis.

Et puis pour les aides au développement, on se base plutôt sur des appels à projet existants comme le Cartoon Forum, le Cartoon Movie, les projets d’Annecy… Donc on peut assister aux présentations projets et choisir. Ça arrive aussi que certaines personnes nous envoient des dossiers, et quand on en a un petit nombre de projets qui nous semblent intéressants, on organise un comité et on choisit les deux projets qu’on va aider dans l’année.

Dans ce cas précis, par contre, c’est un montant fixe de 25 000€ pour le développement. Les équipes soutenues viennent deux mois en résidence pour travailler sur la phase de développement qu’ils souhaitent.

On a eu des gens pour faire l’animation d’un pilote par exemple. Pierre Grandjean est venu pour faire les décors et la marionnette de son prochain long-métrage, des gens qui font de la création graphique, ça peut être du storyboard, de l’animatique, donc toutes les phases de réalisation d’un film sont acceptées.

Nous parlions de la programmation culturelle tout à l’heure, ce sera un accès libre ?

Ça dépend. Il y aura des rencontres et des ateliers qui seront en accès libre, mais les séances et les expositions seront sur entrées payantes ; les tarifs ne sont pas non plus des tarifs forts, le but n’est pas de rebuter les gens.

Nous avons aussi des séances dans des lieux partenaires comme le cinéma de Vendôme, où on sera plus sur des avant-premières de long-métrages, des choses avec un peu plus d’ampleur. Le Centre Culturel des Rottes, qui est un centre qui se trouve dans l’un des quartiers de Blois et avec lequel on va faire des séances jeune public.On va essayer aussi de faire des rendez-vous à la résidence, et des rendez-vous extérieurs chez nos partenaires.

Et c’est aussi un moyen de palier à la disparition du festival du film de Vendôme ?

C’est vrai qu’au départ, quand on évoqué plusieurs lieux pour accueillir la résidence de Ciclic Animation, Vendôme est apparu comme un choix classique et normal parce qu’il y avait le festival et que, d’un seul coup, ça apportait une cohérence : l’animation pouvant s’appuyer sur le festival et le festival pourrait s’appuyer aussi sur la résidence.

Le festival était basé à Vendôme mais il n’y avait pas d’équipe basée sur la ville à l’année, donc là d’un seul coup ça faisait aussi des locaux qui pourraient être investis, soit pour la programmation du festival soit pour l’équipe de préparation.

Malheureusement le festival a disparu. Donc on ne pourra pas le refaire, mais on va essayer de trouver une autre forme de diffusion et de médiation culturelle, avec le nouvel outil qu’est Ciclic Animation.

Apparemment c’est plus ou moins inédit en France, on a des maisons d’auteur de manière générale mais pas forcément pour l’animation. Est-ce que vous savez si ça a inspiré des vocations dans d’autres régions ?

Le cabinet d'animation du docteur lemoine, petit trait d'humour à Ciclic Animation
Les résidents de Ciclic Animation ont de l’humour à revendre !

Pas vraiment. Pour le moment c’est un peu un modèle unique. Il y a les résidences d’écriture pour les créations qui sont à Fontevraud, et puis de temps en temps on a des régions qui auraient envie de développer aussi des résidences qui nous sollicitent pour avoir des conseils.

Donc pour le moment ce n’est pas encore le cas, mais j’espère que ce le sera à l’avenir, et pourquoi pas sur des phases de travail qui pourraient être complémentaires avec la nôtre pour qu’on puisse essayer d’aider les films à tous les niveaux.

Il y a aussi des résidences à l’étranger. Nous sommes en contact avec une ou deux résidences pour savoir si on peut mettre en place des petites passerelles entre nous. Parce que le but c’est aussi de mixer les origines, de mixer les expériences, les savoirs, c’est aussi ce qui fait l’intérêt de Ciclic Animation.

Je pense que les résidents vous le diront aussi parce qu’ils échangent beaucoup sur leur feeling, ils se demandent conseils, s’en donnent : ça peut être sur la narration, sur la mise en scène, sur l’aspect technique… Il y a vraiment un échange d’expériences qui est très, très important. D’autant plus quand on reçoit des gens qui viennent de l’étranger avec d’autres pratiques, d’autres façons de faire des films, de monter des films… Dans tous les cas, c’est toujours enrichissant.

Concernant ce que vous disiez plus tôt sur les projets destinés au cinéma et à la télévision, pourquoi pas pour les projets destinés à Internet ?

J’espère qu’un jour ce sera le cas. Il faut aussi trouver l’argent pour développer plus de choses. Pour le moment on a un fond d’aide qui est fixe, donc on ne peut pas tout redistribuer à l’animation, il y a les autres formats qui en ont aussi besoin.On a encore des idées mais il va falloir trouver des sources de financement. Mais on n’exclut pas de faire du cross media, des choses de ce genre.

Ciclic Animation et Éric Réginaud seront présent au MIFA 2016 sur le stand 4.B16. 


Crédit photos : Anne Dambacher.

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