Critique par Nathan de DreamWorks France.
Au risque de vous décevoir, le cinéma d’animation français ne se résume pas à Michel Ocelot (Kirikou, Les Contes de la Nuit) et Sylvain Chomet (Les Triplettes de Belleville, L’illusionniste). Il faudra, en effet, désormais compter sur le réalisateur Rémi Bezançon (à l’origine du film Le Premier Jour du Reste de ta Vie) et de l’animateur Jean-Christophe Lie qui nous proposent un voyage passionnant dans l’Afrique et la France des années 1830. Même si le film traîne quelques défauts assez préjudiciables, l’ensemble vous permettra de passer un agréable moment.
Les productions françaises aiment la tradition, et Zarafa ne déroge pas à la règle en faisant appel aux poncifs de l’animation made in France. La réalisation 2D soignée laisse parfois échapper des plans de toute beauté qui prouvent à quel point l’apport de la 3D relief peut se révéler inutile lorsque l’on sait gérer le cadre de l’écran. Les réalisateurs mettent plutôt l’accent sur de magnifiques instants à la limite du poétique (la première séquence dans un camp d’esclavagisme) que sur des scènes remplies d’actions qui en mettraient plein la vue. De plus, les dessins ne se cantonnent pas à la représentation réaliste d’éléments du passé mais jouent aussi sur les caricatures grâces aux traits parfois très anguleux de la cour du roi de France notamment. Pourtant, le magnifique écrin proposé par ces deux réalisateurs talentueux ne suffit pas à gommer un scénario relativement convenu qui pêche par sa courte durée (seulement 1h18 d’aventures) et une intention trop enfantine.
Malgré un ancrage réaliste indéniable puisque le récit met en image le destin véridique de la « première girafe de France » importée au début du 19ème siècle, le film centre son propos sur le rapport intime liant un jeune homme réduit à l’esclavage, Maki, et cette fameuse girafe. Mais alors que la narration laisse entrevoir des sujets forts et adultes (l’esclavage, les conflits entre les pays d’Orient puisqu’Alexandrie est assiégée par les Turcs en ce début de siècle, les religions étrangères), la focalisation stagne autour de péripéties parfois futiles qui composent le voyage de Zarafa jusqu’à Paris. Les enfants se prendront efficacement au jeu car le film est taillé pour eux et les situations comiques sont au rendez-vous, mais leurs parents regretteront à coup sûr l’absence d’une double-lecture si chère aux grands studios en tête du box-office depuis quelques années tels que Disney ou DreamWorks Animation. De même, la présence d’un « conteur » plonge indubitablement le récit dans la lignée des œuvres de Michel Ocelot, dont l’ombre de son Kirikou semble planer à maintes reprises au-dessus du jeune Maki.
Pourtant, le spectateur n’est pas à l’abri de quelques séquences fortes en émotions, d’autant plus que le long-métrage ose un climax tire-larmes efficace avant de s’apaiser dans une conclusion somme toute banale. Il faudrait également saluer le travail honorable du casting vocal qui assure son objectif haut la main, malgré des personnages relativement absents puisqu’à aucun moment ceux-ci ne seront psychologiquement développés. En effet, qu’en est-il de l’histoire de Maki ? De Hassan (le bédouin qui accompagne les deux héros) ?
En conclusion, Zarafa est un très beau film d’animation qui sonne malheureusement un peu creux, faute de ne pas avoir osé développer les personnages qui le font vivre et de ne s’être pas émancipé d’une vision trop enfantine du sujet. Forcément, l’on se prend à imaginer ce qu’aurait pu magnifier une bonne demi-heure de film en plus…
Nathan
Nathan se nourrit principalement de films d'animation au quotidien. Et bien qu'il ait une certaine affection pour les oeuvres DreamWorks Animation (ce n'est pas son site www.dreamworksfrance.fr qui le contredira), son oeil critique se charge de décortiquer toutes les sorties du moment.
2012critiqueJean-Christophe LieRémi BezançonZarafa
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